Deux événements tragiques, survenus à un an d’intervalle, ont marqué à jamais la commune de Chéronvilliers (Eure). Le crash d’aviateurs alliés, le 16 août 1943, puis le massacre des Landes, perpétré par les nazis le 13 août 1944.
Le temps a passé, mais l’émotion reste intacte devant le monument élevé en mémoire des six victimes de la barbarie nazie, au carrefour des Landes. Sous une chaleur écrasante, jeudi 13 août, en fin d’après-midi, la cérémonie du souvenir a rassemblé de nombreux élus, habitants et représentants du monde combattant.
Un hommage solennel
La sénatrice Kristina Pluchet, le vice-président du conseil départemental Jean-Paul Legendre et la présidente de l’Interco Normandie Sud Eure, Nathalie Noël, avaient répondu présents, aux côtés des anciens combattants et porte-drapeaux du groupe territorial de Rugles, emmenés par leur président, Richard Chojeski, et leur vice-président, Claude Hochart.
De nombreux porte-drapeaux venus de Verneuil, Bourth, Breteuil et Damville ont également participé à l’hommage, lui donnant une dimension particulièrement solennelle. Pour la première fois, le porte-drapeau de la Légion d’honneur de l’Eure était présent.

Peu avant la Libération
Cette cérémonie marquait le 82e anniversaire de la tragédie des Landes, qui a bouleversé à jamais ce paisible hameau, le 13 août 1944.
Plusieurs gerbes ont été déposées devant la stèle où sont gravés les noms des six victimes du massacre perpétré par l’ennemi en déroute, à quelques jours de la Libération : Albert Franchet, 46 ans, et ses trois fils, Albert, 15 ans, Roland, 14 ans, et Roger, 13 ans ; leur voisin Jules Magnin, 31 ans ; ainsi qu’un jeune maquisard, Gilbert Daudin, 20 ans.
Dans son discours, le maire, Patrice Boudeyron, a rappelé la violence de cette tragédie. « En quelques minutes, ce 13 août 1944, alors que la France entrevoyait enfin la lumière de la Libération, la barbarie nazie et les horreurs de la guerre ont coûté la vie à six des nôtres, six vies brisées, des familles dévastées, des destins volés et un village tout entier plongé dans le deuil ».
Une cérémonie qui « rappelle le prix de notre liberté »
Il a également souligné le sens de cette cérémonie.
Si les habitants se rassemblent chaque année sur ce lieu de mémoire, ce n’est pas seulement par devoir moral ou rituel républicain. C’est parce que le souvenir de ces six martyrs nous rappelle le prix inestimable de notre liberté, de notre paix et de notre démocratie.
Un message fort, invitant chacun à mesurer le sacrifice de celles et ceux qui ont payé de leur vie le prix de la barbarie.
Un travail de transmission
Le maire a ensuite exprimé la gratitude de la commune envers les porte-drapeaux et les anciens combattants, « gardiens fidèles de cette mémoire active ». Il a également remercié l’Harmonie municipale de Rugles, « qui donne par ses notes dignité et solennité à notre hommage », ainsi que les élus, les forces de l’ordre, les habitants et les jeunes générations présents.

« Le temps qui passe n’efface pas le souvenir », a-t-il insisté, avant de rappeler que « transmettre ce qui s’est passé ici, dans les Landes de Chéronvilliers, est notre responsabilité collective pour que l’Histoire ne se répète jamais ». Le Chant des Partisans et La Marseillaise, interprétés par l’Avenir Ruglois, ont rythmé la cérémonie, orchestrée par Claude Hochart.
Une pensée pour Colette Franchet
Une pensée particulière a également été dédiée à Colette Franchet, dernier témoin de la tragédie des Landes. Elle s’est éteinte en mars 2017, à l’âge de 80 ans, rejoignant son père, Albert, et ses trois frères, que la folie des hommes lui avait arrachés le 13 août 1944. Colette avait également accompagné jusqu’à son dernier souffle sa mère, Hélène, épouse et mère brisée par ce drame, qui s’est éteinte en 1994.
Plus de huit décennies après le massacre, le nom des six victimes demeure gravé dans la pierre, mais aussi dans la mémoire collective. Une mémoire que les cérémonies permettent de faire vivre, année après année, pour que jamais ne soient oubliés ceux qui ont payé de leur vie les atrocités de la guerre.
